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Textes


A la recherche de sincérité d'amour

publié le 30 sept. 2011 à 14:23 par Claire Selva   [ mis à jour : 30 sept. 2011 à 14:27 ]

Je suis en manque de liens cœurs à cœurs. J'ai très envie de danser en contact, corps à corps, pour goûter à la joie instinctuelle de se trouver, de se frôler et de s'élancer. Enfin libérée de mes peurs je voudrais partager le bonheur simple d'exister.

La rencontre avec "Ayantai" m'est apparue comme une perle rare offerte par l'univers. Un homme et une femme, tradition amérindienne et danse contemporaine, deux âmes abondantes se croisent et se lient. De cette belle union, soutenue par un profond travail de cœur, naît le groupe mixte. Il danse une fois tous les vingt et un jours, accueilli par la grande salle de l'école, protectrice.

Tour à tour chaque perle danseuse entre dans l'espace réservé. Respiration. L'énergie corporelle circule, elle est palpable, l'improvisation les yeux fermés peut commencer. Le foulard sur les yeux préserve du jugement, celui que je me porte, impitoyable, celui que je suis capable de porter aux autres, clément, parfois rigide.

La danse en aveugle, patiemment, m'emmène vers le lâcher prise. Mon esprit s'abandonne dans l'expression du corps, je me sens vivre. Les regards libérés de la peur d'aimer sont des regards vivants. Ils plongent ceux qui les donnent, ceux qui les reçoivent dans le bonheur d'une relation épurée. Bientôt je danserai corps à corps, cœurs à cœurs, au sein du groupe mixte les yeux ouverts, prête à recevoir la lumière des ces regards apaisés.

Ayantai me murmure l'indulgence
Ayantai m'insuffle l'humilité
Sûrement, je poursuis sur le chemin de ma liberté

Invitation à la danse

publié le 21 sept. 2011 à 09:38 par Claire Selva   [ mis à jour : 30 sept. 2011 à 14:16 ]

Jour du voyage d'approche
Je voudrais approcher
le cœur spirituel de mon être.

J'emprunte les routes unes à unes, elles contournent, elles détournent. Elles me laissent le temps. Indénombrables heures, défilé ininterrompu de minutes, qui s'écoulent. Je suis accompagnée à la gare. La séparation est inquiétante. Abandonner momentanément les repères, accepter de laisser les marques sur le quai. Je prends place dans le train et le trajet s'apparente, déjà, à une aventure sauvage. Enlisée dans les eaux boueuses d'une rivière souterraine asphyxiée, ma vie, depuis longtemps, ne m'avait plus offert, un voyage aussi extravagant. La panique régulièrement me surprend. La voix intérieure, tyrannique, ordonne la méfiance, garantit l'échec pour cette exploration qu'elle juge durement, absurde.

"N'ayez pas peur des erreurs il n'en existe pas"
La phrase est simple.
La phrase est belle.
Vérité accessible,
sans prétention.
J'aime son tempo
Qu'il fasse partie de moi.

Les paysages défilent à l'allure d'un train à grande vitesse. Immobile sur mon siège numéroté, je réalise que le voyage au pays du monde intérieur est amorcé. La seule attitude à adopter maintenant est de laisser filer :
"File la laine, filent les jours
Garde ma peine et mon amour
Livre d'images des rêves lourds
Ouvre la page à l'éternel retour"

Le pouvoir évocateur d'une chanson est considérable. Je me souviens de l'émotion intense, palpable qui s'emparait de l'espace vital de notre noyau familial, restreint, à trois, mon père ma mère et moi. Mon père ne chantait pas la chanson, il vivait la chanson en partageant avec nous, sans réserve, sa sensibilité et son amour. La fenêtre du train est comme le cadre d'une toile, rehaussée par le liseré orangé des rideaux. Je contemple son œuvre. Sensation de douceur suggérée par un décor qui, au fil des minutes, interprète une mélodie aux sonorités méditerranéennes. Méditerranéennes sont également mes racines, ancrées dans la terre profonde de l'Italie et de l'Espagne.

Intimité du bois dans une danse sacrée

publié le 21 sept. 2011 à 09:29 par Claire Selva   [ mis à jour : 21 sept. 2011 à 09:32 ]

J'ai choisi ce bois et ce bois m'a choisie. Il allait être mon compagnon de danse ce matin. C'était un fragment du grand bois, tout en hauteur, mince, branche droite à la source donnant naissance à de fines ramifications, trois, souples et libres. Un élan spontané vers le ciel.

Le grand bois est posé devant moi, dans sa force et dans sa puissance. Je prends contact avec sa respiration, avec la mienne aussi. La musique m'envahit de ses sonorités orientales qui de tout temps me transportent. Elle me touche avec une intensité allant bien au-delà des mots qui pourraient la décrire, c'est un écho à de puissantes mémoires, elles m'habitent depuis toujours.

J'entre dans la danse avec le grand bois, ancrage de mes racines à la terre. Il me murmure affectueusement :

Tu es le bois,
Nous sommes semblables
Élance toi, exprime toi
Vis, respire
Et sois

Je ne suis pas le compositeur de la chorégraphie, je ne suis pas l'auteur de l'improvisation, je ne suis pas le réalisateur des prouesses corporelles. Mon bonheur apparaît lorsque, libérée de ces responsabilités, la performance n'existe plus. Le corps se met au service de la créativité, sans contrainte, sans peur, sans jugement. Tout simplement il sait. Il sait danser la beauté de l'âme, il sait exprimer la force de l'énergie qui jamais ne cesse de couler. Tel un instrument de musique il compose, et à travers un solfège corporel il raconte l'histoire de la vie.

Le temps d'une danse matinale réalisée amoureusement, dans l'expression d'une énergie guérisseuse, je me suis sentie exister, heureuse. C'était la danse sacrée du bois.

J'entre dans ta danse : pierre, douce puissance

publié le 19 sept. 2011 à 08:25 par Claire Selva   [ mis à jour : 30 sept. 2011 à 14:21 ]

Granit, Ardoise
Calcaire, Précieuse
L'améthyste est lavande
La turquoise est lagon

J'aime la Pierre
dans tous ses états

Les strates sont
mémoire du temps passé

En dansant avec la pierre
Je pars à la découverte
de mon histoire

Au creux de mon corps

J'aime la pierre au creux de ma main. Elle est solidité, constance, intemporalité, mémoire et protection. Je me suis interrogée : la pierre me permettra-t-elle de danser aujourd'hui ? Car elle est lourde et pourrait m'empêcher d'évoluer dans la fluidité.

Une marche toujours dans le silence et voici le champ de pierre : exposition artistique brute à perte de vue. La pierre paraît dévaler la pente raide, proposant des haltes paisibles, larges dalles de roc gris jalonnant un paysage fantastique, limites du réel. Le subtil mélange des gris forme une danse des couleurs : gris sombres, gris bleutés, gris irisés, gris argentés... Perles de gris au coeur d'un jeu de lumières.

En douceur et encouragés par cette belle lumière reflétée, nous entrons dans la ronde. Je prends instantanément conscience de l'authentique sensualité avec laquelle je vis la danse : pierres au soleil, chaleur emmagasinée et partagée. Je jouis du contact avec la solidité du roc, dans la souplesse d'un corps adaptable. Instinctivement je me mets à épouser les reliefs rencontrés pour me sentir comme sur un matelas de mousse. J'explore les profondes failles, jaillissement à la rencontre de deux dalles, en plongeant parfois un bras, une jambe et la tête une fois.

Face à la dureté apparente de la pierre mon être s'assouplit. Allongée sur le ventre oreille plaquée sur la dalle, j'écoute la mémoire stockée au sein de la matière : elle me suggère sereinement d'abandonner la rigidité protectrice de ma personnalité. Le Moi étriqué enfin s'ouvre, délivrant mes personnages intérieurs d'une longue vie de silence.

Dans cet immense champ de pierre, j'ai dansé avec l'histoire de ma vie. Je me suis sentie portée , je me suis sentie aimée.

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